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Ils ont donné leur vie
1994-96 / 2016

Vous savez que notre Eglise d’Algérie a proposé à l’Eglise universelle de reconnaître le martyre de nos dix-neuf frères et sœurs qui, au milieu des nombreuses victimes de la décennie noire, sont allés jusqu’au bout du don de leur vie. Cela fait déjà vingt ans ou un peu plus. Ils s’appelaient Henri et Paul-Hélène, Esther et Caridad, Odette, Charles, Christian, Alain et Jean, Bibiane et Angèle, Christian, Christophe, Michel, Célestin, Bruno, Paul et Luc, Pierre.

Pourquoi se souvenir ? Dans la tradition biblique, le mémorial n’est pas un regard vers le passé, mais la célébration d’une grâce, d’un don qui dure encore, à la suite d’un événement heureux ou douloureux. Le martyre de nos frères et sœurs demeure un appel pour notre vie aujourd’hui.

Ils ne sont pas morts parce que, sous la contrainte, ils auraient refusé de renier leur foi. Leur martyre est le témoignage d’un amour jusqu’à l’extrême, comme il est dit de Jésus "qu’il aima les siens jusqu’à l’extrême" (Jn 13). C’est sur ce chemin là qu’ils nous entrainent.

Rappelons d’abord que leur nombre est petit par rapport à toutes les victimes de la violence en Algérie durant la décennie noire. Parmi celles-ci il y a d’authentiques martyrs de la vérité, de la fidélité à leur conscience, de l’amour de Dieu et de leurs proches. Nous ne pouvons oublier les imams qui sont morts pour avoir refusé de signer des fatwas justifiant la violence, ou des intellectuels et journalistes qui ont dénoncé le dévoiement de la religion ou du sens de la patrie, ou le nombre encore plus important de ceux qui simplement ont voulu, au nom de leur conscience, continuer à faire leur travail citoyen, conduire leurs enfants à l’école, se porter au secours de personnes en danger. Parmi eux, comment oublier les treize travailleurs croates tués parce qu’ils étaient chrétiens ?

 Mais dans la trop longue liste des victimes de la violence, nos dix-neuf frères et sœurs occupent une place particulière. Ils ont donné leur vie par fidélité à l’Evangile, au nom duquel ils avaient choisi de faire alliance avec le peuple dont ils partageaient la vie. Au moment du danger, ils avaient choisi de rester, car, disaient-ils, on ne quitte pas des amis, des frères et sœurs, quand ils sont dans l’épreuve. La fraternité traverse les barrières de la religion et de l’appartenance à un pays. Les frontières de l’Eglise sont celle de la charité qui n’a pas de frontière.

Un certain nombre d’entre vous les ont connus. Vos vies sont dans leurs pas, discrets serviteurs du Royaume. Que le Seigneur vous garde fidèles dans le don de vos vies au quotidien par amour de tous. La majorité d’entre vous ne les a pas connus. Vous entendez parfois les anciens les évoquer. Des livres, des revues, des films vous permettent de les connaître. C’est important parce que leur histoire est l’histoire de notre Eglise qui partage, par vocation, le destin du peuple algérien.

La béatification de nos martyrs met en lumière pour toute l’Eglise la vocation de tout chrétien à devenir frère universel. Et il est heureux que nous fassions mémoire du don de leur vie durant cette année du centenaire de la mort de Charles de Foucauld, lui qui a voulu vivre de façon à être reconnu comme un frère par ceux dont il s’était fait proche.

 Nous allons vivre  ces diverses célébrations dans la grâce de l’année du Jubilé de la Miséricorde. Nous prierons pour demander la béatification de nos frères et sœurs. Mais nos prières seront des prières pour demander le pardon et la paix pour tous. Le frère Christian, prieur de Tibhirine, disait dans son homélie du Jeudi Saint, en mars 1994 : « Le témoignage de Jésus jusqu’à la mort, son "martyre", est martyre d’amour, de l’amour pour l’homme, pour tous les hommes, même les voleurs, même les assassins, même les bourreaux… Le martyre inclut le pardon…». Et nos prières se mêlent à celles de nos frères musulmans, de nos sœurs musulmanes qui, de nombreuses fois par jour, invoquent le Dieu Clément et Miséricordieux.

Nous pensons aussi que nous ne pouvons séparer le nom de nos dix-neuf martyrs de celui du cardinal Duval. Il a remis son souffle, le jour où il a appris la mort de nos frères moines, les accompagnant jusqu’au bout. Il a toujours été si proche des uns et des autres, nous invitant à tenir bon dans la constance. Il avait donné sa vie à son Eglise pour tout son peuple.

Comme Jésus, le témoin fidèle, tous ont donné leur vie et sont plus que jamais nos compagnons et nos compagnes sur la route de nos vies d’aujourd’hui. 

                                               Le 20 mars 2016, fête du dimanche de la Passion

                                                                + Vos frères évêques

 

+ Paul Desfarges, administrateur apostolique d’Alger
                                                       évêque de Constantine et Hippone

+ Claude Rault, évêque de Laghouat-Ghardaïa

+ Jean-Paul Vesco, évêque d’Oran

 

 

                                 

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